Tout reprendre à zéro, l’angoisse du nouveau poste

Je ne comprends pas …

Je m’embrouille dans des to-do-list qui me semblent contradictoires. Je ne me souviens pas de la signification de cet acronyme. Je ne me souviens pas dans quel outil on trouve cette info – et d’ailleurs, j’ai oublié mon mot de passe. Je me trouve lent.e, si lent.e. Je ne me rappelle pas le nom du type à contacter pour lancer

cette action. Je ne sais plus quelle procédure suivre dans ce cas particulier.

Je sens confusément que ce n’est pas si compliqué mais je suis incapable de saisir par où je dois m’attaquer au problème, par quel bout je dois le prendre pour en dérouler la logique.

Je me sens nul.le. Je me sens seul.e. C’est dur aujourd’hui…

Changer de site. Changer d’entreprise. Changer de service. Changer de métier. C’est apprendre. A chaque fois.

Changer de lieu ou de périmètre de travail oblige à intégrer de nouvelles pratiques et un nouveau langage. Remettre en question sa façon de travailler et douter de ses compétences. De sa capacité à « faire le job ».

Et à chaque fois, c’est difficile – peut-être même de plus en plus difficile… Nouveau dialecte. Méthodologie différentes. Codes tacites. Technologie nouvelle. Techniques spécifiques.

Il y a dans les boites d’ingénierie des tas de gens dont on ignore le contenu exact du poste, le quotidien, les enjeux et les routines. Même si leur bureau est de l’autre côté du couloir. Prendre leur place, c’est repartir de zéro.

Prépare-toi à être complètement largué quand la discussion en réunion s’enflamme ! Les acronymes fusent, plus personne ne prend la peine de s’interrompre pour vérifier que tu suis, le ton devient acerbe et les phrases s’ellipsent. À mesure que le tableau se couvre de noir, leurs hiéroglyphes se brouillent devant tes yeux. Ton cerveau s’embrume, tes oreilles étouffent le brouhaha imbittable, ton regard se noie dans le vide de tes pensées et tu te sens perdu…

Augmente donc ta dose quotidienne de caféine pour maintenir tes yeux ouverts lorsque la conversation s’enlise sur la modification lambda du produit X développé en 2009 et redesigné pour le client Alpha.

Tiens-toi prêt à (sou)rire des privates jokes que tu ne piges pas mais qui plient TOUS tes collègues en 2, signe de ralliement à une expérience commune.

Profite (?!) des déjeuners en solitaire « désolé, on t’a oublié.e » pour digérer tout ça, déchiffrer les codes vestimentaires et réfléchir au meilleur moyen de reconstituer ton réseau…

Essaie de faire bonne figure lorsque ton tuteur utilise encore 4 mots inconnus par phrase alors que vous êtes enfermés depuis 2 heures dans le box au fond du couloir pour ta « formation ».

Et viens le pire, ce moment où il te balance : « C’est bon ? Tu prends le point, là ? » Quoi ? Comment ? Où ? J’ai pas tout suivi… On m’a parlé ? Je dois faire quoi ? Par quoi je commence ?

Et tu t’entends chuinter : « Oui, c’est bon, pas de problème…».

Là, j’ai envie de prendre mes jambes à mon coup. De trouver un médecin complaisant qui me mette en arrêt maladie. De me cacher dans les toilettes pendant les 2 prochaines heures.

Ou, en rêve : un collègue disponible et compatissant qui me prenne par le bras et me dise « Viens, on va se mettre dans une salle et on va reprendre depuis le début… »

Dans bien d’autres professions – et en dehors d’une reconversion – j’imagine que changer de travail ne secoue pas autant les repères : cuistot, infirmier.e, sportif/ve, fleuriste, policier.e, toiletteur.se pour chiens, journaliste, etc. Même si le contexte change, le cœur des activités reste plus ou moins semblable.

Et d’ailleurs, avouer ses difficultés à un non-ingénieur est embarrassant : « Ah bon ?! Mais tu pipes vraiment rien ??? » Silence. Mais comment ça ? T’as pas un diplôme d’ingé ? Tu fais pas un boulot d’ingé ? T’as pas appris en école ?

Pour un ingénieur, c’est toujours différent. Entre chaque mission, on peut être amené à faire un grand écart vertigineux si bien qu’on se retrouve dans la position peu enviable du bizut.

C’est un peu comme si on demandait à un coiffeur de devenir couturier : les outils restent « les mêmes » – en l’occurrence une paire de ciseau, vue de profane – mais TOUT absolument tout est à ré-apprendre !

Les optimistes diront que c’est une belle occasion d’élargir son champ de compétence, que c’est normal d’avoir un peu de mal au début, que mes collègues comprennent certainement mon embarras mais j’ai tendance à penser que c’est surtout une très très mauvaise passe à franchir…

Souhaitez moi bon courage 😉

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2 réflexions sur “Tout reprendre à zéro, l’angoisse du nouveau poste

    1. Non, franchement, je les trouve plutôt cool… et j’ai vécu franchement pire à mon arrivée dans cette boite : enfermée dans un box minuscule pendant 3 heures avec 2 X qui font des schémas à toute vitesse (et ce, 3 à 4 fois par semaine) + reléguée dans un autre open space si bien qu’ils m’oubliaient systématiquement pour manger…
      Et ma moitié vit actuellement la même chose dans une tout autre entreprise, avec de toutes autres personnes… Je crois sincèrement que c’est inhérent au changement de poste / boite… et à notre façon pas très sereine de le vivre :-/

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