Syndrome de réunionite aigüe

Je passe au minimum 4 heures par jour en réunion pour un peu de moins de 7h30 pointées.

J’ai 8 créneaux hebdomadaire de 1 heure, voire 2 heures. Systématiques.

Quelques créneaux mensuels. Les points quotidiens de gestion de crises.

Plus toutes les réunions « exceptionnelles » : un point à éclaircir de vive voix avec 3 ou 4 intervenants, la mise en place d’un plan moyen terme, un process à élucider, une réponse client à peaufiner…

Et encore, j’échappe à 2 sessions hebdos supplémentaires grâce à mon 4/5e !

 

Dans ce contexte, trouver un créneau commun avec plus de 2 personnes relève du numéro d’équilibriste, résultat savants de messages instantanés et d’appel du type :

« Il est à jour ton Outlook ? »,

« Tu es vraiment en réu de 9h à 17h sans interruption ? »,

«Je vois que tu es pris mais tu pourrais pas te libérer de 15h à 15h30 ? c’est urgent ! ».

J’en passe et des meilleures !

Au final, on est systématiquement obligé de rogner sur sa pause déjeuner… Réunion avec les chefs de 12h à 12h30 voire 13h. Réunions opérationnelles à 13h ou 13h30.

 

C’est à peu près la même chose pour tous ici. Dès lors que tu prends quelques responsabilités opérationnelles ou managériales. Minuscules, les responsabilités.

Et pourtant, ma présence est requise à toutes ces sessions.

Mais qu’est-ce qu’on y fait dans ces fameuses réunions ?

En pratique, ma présence est utile environ 20% du temps. Je connais et domine la question, j’ai des informations pertinentes à donner, je connais les réponses aux problèmes évoqués.

Et sinon ? Les 80% restants, je suis censée écouter ce que les autres ont à dire. Ils échangent souvent sur des sujets que je ne maîtrise pas ou pire que j’ignore totalement.

Alors je pianote, je surfe, je chatte…

Bref, je n’écoute pas.

Je serais mieux à mon bureau. Au moins, je pourrais me concentrer sur un problème épineux, terminer un rapport ou même boire un café.

J’ai donc essayé de zapper cette mascarade : je me suis fait.e rappeler à l’ordre.

Ma présence est « mandatory » !

 

Alors j’assiste à ces fantastiques séances de travail collaboratives : ni attentive ni ailleurs. Entre 2 sujets, tuant le temps, une oreille à la conversation ambiante, les yeux sur mes mails.

Je fais tout mal mais je suis LA, les apparences sont sauves… et le chef de projet satisfait.

J’annule un créneau, je dois justifier.

J’arrive en retard, je dois m’excuser.

Je dois quitter plus tôt, je dois expliquer.

Il m’est fait de nombreuses obligations. Pourtant, personne ne se sent dans l’obligation de rendre ces séances efficaces et efficientes : support préparé, questions anticipées, plan d’action nominatif et planifié, rapport détaillé.

Forcément, on n’a plus le temps pour ça… entre 2 réunions !

On se permet de nous convoquer en dernière minute – preuve s’il en est que personne ne s’attend à ce que les participants s’y préparent… Il faut obtempérer au pied levé. Se mettre au garde-à-vous physiquement à défaut de mobiliser sa conscience professionnelle et ses facultés mentales.

Etre dans la salle, clavier alerte et regard dans le vague.

Il va sans dire qu’il est toléré d’annuler après l’heure du début de séance. De changer de salle inopinément, de perdre 15 minutes à se connecter à un site distant.

Les retards sont systématiques et excusés d’avance. Il faut reconnaître que enchaînement des réunions dans des salles éloignées ne permet pas de se tenir à un planning serré. Personne ne prend soin d’intercaler 5 minutes de battement donc tous se permettent d’arriver en retard.

Il est courant de sortir sans avoir progressé d’un pouce sur le problème en jeu, sans désigner de responsable ni planifier les échéances suivantes.

 

Dans notre jargon, on appelle ça la « réunionite ».

J’ignore si c’est un mal français mais nul doute que ça plombe notre rendement !

Je ne dis pas que ces séances sont toutes inutiles. Elles sont parfois distrayantes, rarement profitables, généralement contournables… Toujours chronophage et exceptionnellement rentables.

Allez, je vous laisse… j’ai réunion !

 

Publicités

3 réflexions sur “Syndrome de réunionite aigüe

  1. ben je suis fonctionnaire, responsable d’équipe et j’ai le même mal (le même nombre de réunion) mais c’est moi qui demande les réunions (et qui me farci les PV ou les comptes rendus). Et ça me gave quand il faut 15 minutes à 20 personnes pour se réunir alors que c’est programmé depuis 1 semaine pour une réunion de 20 minutes. je crois que je passe mes semaines à préparer les réunions, animer les réunions, faire des rapports de réunions. ha non, de temps en temps je fais une analyse de nos chiffres pour… les présenter en réunion 🙂
    Tu veux le plus fou? Dans mon précédent boulot, j’en suis venue à faire une réunion seule (oui oui, juste moi) programmée dans mon agenda, avec PV et tout et tout. Et elle était utile (parce que plein de gens lisait le PV)

    Aimé par 1 personne

    1. Je me marre avec cette histoire de réunion toute seule 😉 ça représente tout de même pas mal d’avantages à bien y réfléchir !
      Le pire ici, c’est que les compte-rendus ne sont pas « obligatoires » ce qui fait qu’on passe parfois plusieurs heures à palabrer… pour rien ! pas de plan d’action, pas de traces des échanges… ça me dépite 😦

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s